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 A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!!

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damien3l2

damien3l2

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MessageSujet: A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!!   A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!! EmptyMer 28 Mai 2014 - 10:54

Un extrait fort intéressant
Attention: les fautes (je n'ai pas tout corrigé) viennent du fait que l’article d’origine est un pdf (PDF vers Word)
Pour ceux qui le souhaitent, je leur envoie l'intégralité du texte (qui ne traite bien évidemment pas que de nos chères orchidées)


Bulletin de Liaison de la Société Botanique d’Alsace n° 33 – Avril 2014
NON
A LA DELINQUANCE ORTHOGRAPHIQUE DES NOMS
SCIENTIFIQUES
Théo TRAUTMANN
Depuis la fin des années 1980, la botanique et la biologie végétale se sont
enrichies d’une dizaine de disciplines venues se grouper autour d’elles. Parmi
celles-ci, c’est l’investigation génomique qui apporte un regard nouveau sur
la phylogénie, et la mise en conjonction avec l’intelligence artificielle induit
la nécessite de requalifier la nomenclature (Sauquet et Nadot, 2013), qui est
censée refléter les avancées scientifiques au niveau des genres et des espèces.
Néanmoins l’onymopoiese (Namensschöpfung) scientifique, qui s’inscrit,
au moins depuis Linné, de manière binominale dans les langues grecque et latine,
est elle-même tributaire des règles d’orthographe et de grammaire régissant ces
deux langues. Depuis que, pour des raisons avancées comme scientifiques, il y a de
fréquents changements de noms, se développe la tendance à s’affranchir des règles
ci-dessus évoquées, et on a de plus en plus affaire à des noms qui sont livrés a
l’arbitraire des nomenclateurs, lesquels revendiquent nonobstant la ≪ validité ≫ de
ces mêmes noms. Ainsi peut-on lire dans le ≪ Zander ≫ (Zander, 2002), au
paragraphe ≪ Code International de la Nomenclature Botanique (ICBN) ≫ :
≪ L’exactitude grammaticale, la régularité, l’euphonie des noms ou la fréquence de
leur utilisation ne comptent plus ≫ ! A lire une telle phrase, on a l’impression de
devoir se frotter les yeux, car elle légitimise et favorise l’expansion des
cacographies, lesquelles à leur tour délégitimisent les noms scientifiques, qu’ils
soient valides ou non valides, et instaurent le soupçon que les scientifiques ne
comprennent rien à leur propre langage. Et à y regarder de près, constatant le
nombre important de mots galvaudes et remanies, tout se passe comme si on
assistait à travers la politique de l’ICBN à un attentat linguistique permanent qui se
traduit par une opération ≪ main basse sur la langue ≫.
En 1996, la Société Catalane de Botanique a proposé un index actualisé
de la Flore de Fournier sur Flora Europaea et l’index de Kerguelen (Balayer
et Napoli, 1996), (qui ont aussi procédé auparavant à l’actualisation de la Flore
de Coste). Malgré l’importance de ce gros travail, il s’y trouve de fait beaucoup
de fautes. Toute la graphie des noms est calquée sur l’orthographe utilisée
par Flora Europaea, mais il se trouve que l’orthographe utilisée par Fournier est
la plupart du temps juste, et celle de Flora Europaea souvent fausse. En termes
d’amélioration, on a affaire en partie à une « ameliopejoration »
(Verschlimmbesserung), ou, dit avec le mot de Montalembert, à du ≪ vandalisme
restaurateur ≫. De toute façon, jusqu’à aujourd’hui, et pour n’importe quelle Flore,
s’il y a des doutes quant à l’orthographe de tel ou tel nom scientifique, c’est
majoritairement à Fournier (1877-1964) qu’il faut se reporter. Ayant été Docteur es
Lettres, il était censé savoir de quoi il parlait, et sans conteste, il supplante tous les
autres auteurs.
Mais au-delà, à la faveur des ≪ mises a jour ≫ successives, toutes les
dysorthographies ont essaime dans l’ensemble de la littérature botanique, et dans
beaucoup de cas, ce qui était juste est devenu faux, et ce qui est faux fut déclaré
juste. De plus, pour les mêmes mots, selon l’humeur du scripteur, à tel endroit
l’orthographe est changée, à tel autre endroit elle est laissée en place (incohérence
dans les actualisations). Mais de grâce, qu’on ne dise pas que ≪ la langue évolue ≫,
car il ne faut pas confondre son évolution avec sa clochardisation.

Dans l’ensemble des dysorthographies relevées, il y a quatre tendances
generales que l’on peut identifier :
1. La tendance systématique à l’ ≪ upsilonomanie ≫, c’est-à-dire l’utilisation
quasi exhaustive du ≪ y ≫ a la place du ≪ i ≫ ; il faut préciser, quitte
à enfoncer des portes ouvertes, que ledit ≪ y ≫ grec n’est justement pas
un ≪ i ≫, mais un ≪ u ≫, d’où l’appellation grecque ≪ u-psilon ≫, simple ≪ u ≫,
et ≪ l’échangisme ≫ de ces lettres modifie ou obscurcit les sens
étymologiques (jusque dans le Petit Larousse).
2. La tendance non moins systématique à pratiquer la ≪ iotamania≫, c’est-adire
à introduire un ≪ i ≫ quand il y a un ≪ y ≫, et, bien que moins fréquente,
elle est également inductrice de faux-sens.
3. L’irruption sauvage de modifications plus ou moins importantes dans les
noms propres. Ne pas galvauder un nom propre (en allemand
≪ verballhornen ≫, d’après le nom de l’imprimeur allemand Balhorn, mort en
1573, qui ne prenait pas d’égards pour l’impression notamment des noms
propres) doit être un impératif absolu, et une société de nomenclature
n’a pas à prendre de liberté à ce sujet, d’autant qu’il y a des règles
particulières selon qu’un nom propre devienne nom de genre ou nom
d’espèce.
4. Les fautes récurrentes, d’accord, et de binominalite.


........................
...............


- Ophrys catalaunica. L’ouvrage sur ≪ Les orchidées de France, Belgique
et Luxembourg ≫, publie par la ≪ Société française d’orchidophilie ≫, présente
ce taxon en mentionnant l’appellation française ≪ Ophrys de Catalogne ≫, tout
en précisant que le latin ≪ catalaunica ≫ ne correspond pas à la Catalogne. En effet,
cet adjectif se rapporte à la ville de Chalons-sur-Marne et à son nom romain
de Durocatalaunum, ainsi qu’aux ≪ Champs catalauniques ≫ qui ont vu la bataille
contre Attila en 451, par laquelle la Gaule a été libérée des Huns. Mais la confusion
de ≪ catalaunica ≫ avec ≪ Catalogne ≫ a fait école, et d’autres espèces, disparues
entre-temps des écrans radars ou non, en ont été la victime, ainsi par exemple
Knautia catalaunica, que Fournier traduit sans réserve par ≪ de Catalogne ≫, et
Melampyrum catalaunicum où il ne propose rien. Subsistent encore Cytisus
malacitanus ssp. catalaunicus, repris de l’ancien nom Sarothamnus catalaunicus et
Saxifraga callosa ssp. catalaunica (Sainte-Baume). Si la Catalogne semble
représenter un certain degré de méridionalité, pour certains taxons il faut introduire
le mot latin qui correspond effectivement à cette province d’Espagne, à savoir
≪ tarraconensis ≫ (correspondant à ≪ Hispania tarraconensis ≫), et réserver
désormais ≪ catalaunicus ≫ a des espèces qui poussent effectivement dans la région
entre Chalons-sur-Marne et Troyes. S’il s’agit de la Catalogne française, c’est
≪ narbonensis ≫ qui convient.
- Traunsteinera sp., non Traunsteineria. Quand les noms de genre proviennent de
noms de personnes, ces derniers sont prolonges par -a, quand ils se terminent par
-er.
- Aceras anthropophorum, non anthropophora. Aceras est neutre, c’est donc
anthropophorum qui convient. Il est étonnant que Fournier écrive anthropophora
(Fournier, 1946).
- Corallorrhiza trifida est une graphie utilisée la aussi depuis Kirschleger (1857),
(même situation que Chamaelina). La graphie juste est celle utilisée par Fournier, à
savoir Coralliorrhiza, du grec korallion, corail, et rhiza, racine, avec doublement du
« r ≫, dû au fait que le mot est en composition avec un autre mot (Bailly, 1963 ;
Fournier, 1946). On peut trouver à travers les Flores ce nom avec deux « r ≫
devant, et un derrière, ou un ≪ l ≫, mais la bonne graphie n’apparait nulle part. la
≪ Liste rouge des espèces menacées d’Alsace ≫, en fait même une tautonymie
(Corallorhiza corallorhiza) (sic), ce qui est interdit en botanique. Le doublement du
≪ r ≫ est aussi de mise pour l’orthographe d’une autre orchidée, à savoir
Dactylorrhiza (non Dactylorhiza) lie au fait que le mot est en composition avec un
autre mot.
- Epipogium aphyllum est une mauvaise transposition de Epipogon aphyllum.
- Epipogon aphyllum. La néographie botanique a latinise le substantif grec
≪ pôgôn ≫, la barbe, constituant le nom de genre, en ≪ pogium ≫. Or, malgré les
apparences, ≪ pôgôn ≫ n’est pas neutre, mais masculin. Ainsi, déjà anciennement,
cette orchidée aurait dû s’appeler Epipogon aphyllus, et Fournier fait observer que
≪ la forme Epipogium n’est pas autre chose qu’un barbarisme ≫ (Fournier, 1946).
Mais Epipogium aphyllum est un barbarisme au carre, et, si on veut continuer dans
cette direction, l’espèce devrait porter le nom d’Epipogius aphyllus. Il faudrait
retenir Epipogon aphyllus.
- Ophrys bombiliflora est la graphie de Fournier. Bien que ce dernier cite
l'étymologie ≪ bombulios ≫, qui désigne ≪ tout insecte bourdonnant ≫ (Fournier,
1946 ; Bailly, 1963), ladite graphie est fausse. La néographie ≪ bombyliflora ≫ est
fausse aussi, car il manque un ≪ i ≫. L’ouvrage déjà mentionné de la Societe
française d’ orchidophilie évoque (sous ≪ Ophrys catalaunica ≫) ≪ une erreur de
transcription ≫ en précisant que ≪ la forme correcte était ≪ bombyciflora ≫ ≫, mais
cette correction ne s’applique pas non plus, parce qu’il ne s’agit pas d’un
≪bombyx ≫, mot qui désigne le papillon dont la larve est le ver a soie, mais d’un
bombyle (insecte diptère à trompe allongée), bien que ≪ bombulios ≫ désigne aussi
la larve du ver à soie (Bailly, 1963). Lorsque le mot est transpose en latin,
≪ bombylis ≫, ou ≪ bombylius ≫, il désigne ≪ le stade précédant la chrysalide ≫
(Gaffiot, 1953), puis attribue à cet insecte diptère par Linné, et range dans la
famille des Bombyliidae. En définitive, c’est donc ≪ bombyliiflora ≫, et la traduction
française ≪ Ophrys bombyle ≫ (et non ≪ bombyx ≫), qui conviennent.
- Ophrys fuciflora. Son synonyme O. holosericea signifie ≪ entièrement de soie ≫, et
a été dégradé en ≪ holoserica ≫, ce qui signifie ≪ entièrement marchande
de soierie ≫, ce qui n’a aucun sens. L’appellation française ≪ Ophrys bourdon ≫
restitue plutôt la réalité (ressemblance a un bourdon), mais devrait être ≪ Ophrys
frelon ≫, ≪ fucus ≫ en latin désignant cet hyménoptère, bien que l’espèce botanique
n’ait aucune ressemblance a un frelon.
- Ophrys sphecodes . L’épithète spécifique est fondée sur le mot grec
≪ sphex ≫, la guêpe, génitif ≪ sphekos ≫, par conséquent la graphie juste est
≪ sphecodes ≫ (non ≪ sphegodes ≫) (tout comme on dit ≪ sphecidae ≫, et non
≪ sphegidae ≫). Cet Ophrys devrait donc s’appeler ≪ Ophrys guêpe ≫, or par rapport
à la sous espèce ≪ araneola ≫ ou son équivalent ≪ aranifera ≫, on l’appelle ≪ Ophrys
(petite) araignée ≫. De fait, il fait pendant à ≪ Ophrys tenthredinifera ≫, du grec
≪ tenthrêdôn ≫, guêpe à nid hypogée (Bailly, 1963), qui est donc ≪ l’autre ≫ Ophrys
guêpe, lequel, en vertu du principe de non mélange des langues, devrait s’appeler
≪ tenthredonophora ≫.
................
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Dernière édition par damien3l2 le Mer 28 Mai 2014 - 11:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!!   A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!! EmptyMer 28 Mai 2014 - 11:53

Certains qualifieront l' auteur d' "intégriste" (purée dure), mais il faut bien le dire que l' étymologie permet le retour aux sources pour retrouver le sens originel des mots et que les règles établies sont faites pour être respectées, sauf mentions clairement exprimées et dument justifiées (exceptions, néologismes, jeux de mots ...).
La langue française n' y échappe pas non plus. Combien de fois, sous prétexte de simplification n' a t' on pas cherché à modifier l' orthographe au risque d' entrainer la plus grande confusion.
J' aime bien son "néovocabulaire" inconnu de Gogole : "cacographie", "onymopoiese", "ameliopejoration", "vandalisme
restaurateur"...
C' est sûr que la langue évolue, mais généralement on s' attend à ce qu' une évolution soit synonyme d' une amélioration, ce qu' on nomme le progrès, or comme il l' indique la "clochardisation" de la langue devient le stade ultime de sa popérisation.
Un constat de misère, quoi ... A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!! 11b10
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MessageSujet: Re: A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!!   A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!! EmptyMer 28 Mai 2014 - 15:54

Ouille ouille !! Le mal de tête !! A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!! Doh-4510
Il va falloir renommer tous nos ophrys !!! study study study 
C'est vrai qu'il y a peu de chance de trouver O.catalaunica à Châlon sur Marne !! Mais de là à l'appeler O.tarraconensis  scratch scratch 
D'ailleurs la règle n'est-elle pas d'appeler la plante du nom donné par celui qui en a fait la description, même s'il s'est trompé dans le nom qu'il a voulu donner ?... je repense à G.×delphinae (de Delphine) donné par Olivier alors qu'il aurait du dire delphinensis (du Dauphiné !!)  rire


Dernière édition par GL le Mer 28 Mai 2014 - 16:43, édité 1 fois
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Philippe
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MessageSujet: Re: A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!!   A tous les inconditionnels de la nomenclature: à lire!!!!! EmptyMer 28 Mai 2014 - 16:20

GL a écrit:

D'ailleurs la règle n'est-elle pas d'appeler la plante du nom donné celui qui en a fait la description, même s'il s'est trompé dans le nom qu'il a voulu donner ?... 

Evidemment, et heureusement !!!


Mieux : une espèce de poisson du Tanganyika a été décrite sous le nom de olivaceaous alors qu'il devait l'être sous olivaceus (dans tout le texte de la publication). Mais la 1ere mention dans le livre est olivacous, qui doit donc être retenu.
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